Le conseil en IA a trouvé son produit préféré : l'atelier. Entretiens utilisateurs, cartographie des parcours, idéation, priorisation des cas d'usage, puis un prototype qui impressionne tout le monde en salle de réunion. Chaque étape est utile. Aucune n'est le travail.
Le travail, c'est un système qui tourne un lundi matin, branché sur vos vrais outils, avec un propriétaire, des contrôles, et un chiffre qui bouge. Tout ce qui précède n'est qu'une promesse.
Le cimetière que personne ne présente en slide
Les chiffres de cette économie sont publics et brutaux. Le MIT a mesuré que 95 % des initiatives d'IA générative en entreprise n'ont aucun impact sur le résultat. Gartner prévoit que plus de 40 % des projets d'IA agentique seront annulés d'ici 2027. En Suisse, 89 % des entreprises utilisent l'IA au quotidien, mais 9 % seulement l'ont intégrée à leur stratégie.
Presque tous ces projets morts ont un point commun : ils ont été très bien lancés. Il y a eu des ateliers, des personas, une restitution soignée, un prototype applaudi. Puis le prototype a rencontré la réalité, les systèmes existants, la conformité, les équipes qui ont un métier à faire, et personne n'avait signé pour cette partie-là.
Un prototype applaudi n'est pas un système en production. C'est une promesse avec un budget déjà dépensé.
Pourquoi l'économie du pilote persiste
Parce qu'elle est confortable pour tout le monde. L'atelier est vendable, agréable, sans risque : personne n'a jamais été licencié pour avoir organisé une phase de découverte. La mise en production, elle, est datée, mesurable, et peut échouer publiquement. Alors la profession s'est organisée pour vendre la partie qui ne peut pas rater et laisser au client la partie qui compte.
Le résultat se voit dans les organigrammes : des équipes entières pour la recherche utilisateur et le design, et personne dont le mandat s'arrête à « le système tourne, les équipes l'utilisent, le chiffre a bougé ».
Ce que nous ferions à la place
- Commencer par les conditions de production, pas par l'idéation : quels systèmes, quelles données, quelle revue de conformité, quel propriétaire opérationnel. Si un cas d'usage ne peut pas les remplir, l'écarter avant l'atelier, pas après le prototype.
- Dimensionner la découverte à une semaine, pas à un trimestre. Le vrai problème se trouve sur le terrain, dans le flux de travail réel, plus vite que dans une salle d'atelier.
- Gouverner par construction : contrôles, traçabilité et responsabilité posés dès le premier flux, selon la nLPD et le règlement européen sur l'IA, pour que la direction puisse signer le déploiement.
- Mesurer l'adoption à 30 jours, pas la satisfaction en fin d'atelier. Si l'usage ne tient pas, le projet n'a pas eu lieu.
Si vous avez déjà le prototype
Beaucoup d'entreprises romandes sont exactement là : un pilote payé, une démo réussie, et plus rien depuis des mois. La bonne nouvelle, c'est qu'un pilote bloqué a en général un problème réparable. Il n'a jamais été relié aux systèmes qui portent le travail, il n'a pas de propriétaire, ou il ne passe pas la revue de conformité. Cela s'audite, cela se répare, et cela coûte moins cher que de tout recommencer avec un nouvel atelier.
La découverte a de la valeur. Nous la pratiquons aussi, une semaine sur le terrain vaut tous les post-its du monde. Mais elle est un moyen, pas un livrable. Le livrable, c'est l'IA en production. Tant que la profession vendra le chemin et pas la destination, 95 % des projets continueront de mourir applaudis.