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Le product manager à l'ère des agents

Quand des agents écrivent le code, la spécification cesse d'être le livrable du product manager. Reste à choisir, refuser, mesurer. Nos chiffres, datés.

The 34 Group · Le collectif8 sept. 2026 · 8 min de lecture

Le 25 août 2026, sur the34group.com, notre propre site, la semaine la plus chargée d'un plan de 60 jours pensé pour une équipe humaine, et la moitié des trois semaines suivantes avec elle, est partie en une seule journée, exécutée par nos agents. Voilà ce que devient le product manager à l'ère des agents. Quand un agent de code écrit le code et que les livraisons partent toutes les semaines, la spécification cesse d'être son livrable. Il lui reste trois choses, et ce sont les plus difficiles : choisir les résultats, décider de ne pas construire, et lire ce qui est parti.

La seule chose que la machine n'a pas su faire ce 25 août : décider quels chiffres étaient vrais. Le 3 septembre, trois pages refaites ont obtenu 100/100 à notre grille de publication et sont restées bloquées, parce qu'un humain devait encore attester par écrit les chiffres de deux collègues.

Que fait un product manager quand l'IA écrit le code ?

Il décide. Notre réponse, tirée de notre propre machine, tient en un mot. Prenez votre propre semaine. Les tickets écrits lundi sont en production mercredi. Le sprint de deux semaines a encore son nom sur le tableau, mais l'agent de code a vidé le backlog avant la revue du jeudi, et personne dans l'équipe ne sait dire ce que ces fonctionnalités ont changé pour un client. La revue de code prend plus de temps que l'écriture. La user story, qui servait à cadrer trois jours de travail d'un développeur, cadre désormais quelques minutes d'un agent, et elle garde pourtant le même format, la même cérémonie et la même definition of done.

Le besoin réel, celui que vous avez tapé dans un moteur pour arriver ici, tient en une question : à quoi sert un product manager quand la machine produit plus vite qu'il ne spécifie ?

Nous faisons tourner 29 agents IA sur the34group.com depuis le 2 septembre 2026 : rédaction, grille de score, contrôle qualité, veille des concurrents. Ils écrivent et ils vérifient. Répondre de ce qui est parti reste à un humain, et aucun d'eux ne prendra cette place bientôt. Le 26 août, un agent de build s'est arrêté net à sa limite de session, le travail à peine fini ; son rapport n'est jamais arrivé, et nous avons vérifié son travail nous-mêmes, fichier par fichier sur le disque puis en production, avant de laisser la suite se lancer. Le métier, ce matin-là, tenait tout entier dans cette vérification.

Faut-il encore écrire des spécifications ?

Une spécification fonctionnelle décrit un comportement pour quelqu'un qui ne peut pas le voir avant de l'avoir construit. Quand la construction coûte une heure, il revient moins cher de construire, de regarder, puis de jeter, et la spécification perd sa raison d'être. Ce qui la remplace est un pari écrit : le résultat attendu, la métrique de résultat qui dira s'il est atteint, la date à laquelle on la lira.

Le métier se déplace sur trois gestes. Trois guides les mettent en pratique : la roadmap produit avec des fonctionnalités IA, le backlog quand l'agent prend les tickets et prioriser et mesurer une fonctionnalité IA.

Le gesteAvec un backlog de ticketsÀ l'ère des agents
Choisir les résultatsUne liste d'output à livrer, classée par prioritéTrois ou quatre outcome écrits comme des paris, avec la métrique et la date de lecture
Décider de ne pas construireUn ticket reporté au sprint suivantUne liste tenue à jour de ce qui a été refusé, avec la raison, lue en comité de direction
Mesurer ce qui est partiUne démo en fin de sprintUne mesure post-lancement après chaque livraison hebdomadaire, lue en public, qui décide de la suite

La découverte produit change de rythme. Quand le prototype coûte une matinée, la discovery se fait sur un produit en production, avec de vrais clients, et l'entretien client sert à décider quoi jeter. Les articles français parlent de « PM augmenté » et décrivent un product manager qui prompte mieux et orchestre des outils ; c'est exact, et c'est la partie facile. Le prompting et l'orchestration d'agents s'apprennent en quelques semaines. Le jugement produit, celui qui dit « on ne construit pas ça », se forme sur des années de produits en production, et c'est lui qui devient rare.

Ce que la certification a donné, et où nous nous séparons

La certification PSPO de Scrum.org et la certification CSPO de la Scrum Alliance ont donné aux équipes françaises un vocabulaire commun en deux jours : backlog, sprint, incrément, definition of done, et des cérémonies qui font parler un développeur et un commercial dans la même pièce à heure fixe. Une partie de notre équipe a passé douze ans chez IKEA et y a fait entrer Scrum et Kanban chez les équipes produit du numérique, en 2017 et 2018, depuis le siège en Suède. Ce vocabulaire tient toujours.

Notre désaccord porte sur un seul point : l'unité du métier que la pratique installe après ces deux jours. Le Scrum Guide (2020) écrit que le product owner répond de la valeur du produit qui sort du travail de l'équipe. Dans les entreprises où nous sommes passés, le product owner certifié est mesuré au nombre de tickets rédigés, au taux de complétion du sprint et à la propreté du backlog, et la responsabilité décrite dans le guide s'arrête à la porte de la revue trimestrielle. L'argument porte sur la pratique que le certificat produit et sur l'unité de compte qu'elle installe, le ticket. Les personnes qui enseignent ces cours enseignent le guide, et le guide dit autre chose que la pratique. À l'ère des agents, cette unité de compte s'effondre : un agent ferme des tickets plus vite que n'importe quel humain, ce qui rend le compteur inutile comme mesure d'un product manager (le compteur, lui, n'a rien vu venir). Le choix entre les deux titres, product owner ou product manager, compte moins que l'unité sur laquelle on les mesure.

Trois produits, trois années, une décision par jour

Chez un courtier en crédit en ligne français de premier plan (24 millions de visites par an, 2026), nous avons tenu cette année la feuille de route d'acquisition pendant que les AI Overviews de Google réduisaient le trafic organique. Le plan d'origine étalait sur 18 mois, dans l'ordre, les pages d'accueil, leurs sous-pages, puis un volume de pages SEO dont le nombre était le mauvais chiffre à viser. Nous l'avons remplacé par une feuille de route Pareto qui livrait d'abord les sous-pages d'accueil portant l'essentiel de l'effet, et nous avons installé une boucle de mesure après chaque mise en production, lue au comité de direction. La décision qui a compté cette année-là a été de ne pas construire ces pages SEO dans l'ordre du plan.

Notre équipe a dirigé chez IKEA six produits en portefeuille, avec 21 personnes et 1,4 million d'euros de budget (2018 à 2021). L'un des six était une fonctionnalité de reconnaissance visuelle, on photographie un objet et l'application le retrouve dans le catalogue, lancée sur 2 continents avec un engagement en hausse de 30 % (mesure interne, 2018 à 2021). L'effet que personne n'avait planifié : le service réclamations a eu moins de dossiers à traiter. Nous ne l'avons vu qu'en lisant les chiffres après le lancement. Une spécification ne l'aurait jamais prévu.

En 2024, comme Product Lead puis Chief Product Officer d'une marque mondiale d'outdoor, nous avons sorti 60 composants d'interface en 5 mois et migré plus de 700 pages de marque sur une nouvelle plateforme, avec des décisions prises chaque jour sur un produit en production, devant les clients. Le comité de direction demandait chaque semaine ce qui était parti, ce que cela avait changé pour un client, et ce que nous arrêtions. Le cahier des charges n'a jamais été à l'ordre du jour. C'est le modèle que nous installons avec The Product Engine, et c'est ce que le product manager à l'ère des agents fait à plein temps.

Une prédiction datée

À la publication de cette page, le 8 septembre 2026, les deux grandes certifications de product owner ont déjà mis l'IA en vitrine, à côté du cours de base : Scrum.org vend une journée « PSPO-AI Essentials », enseignée à travers les postures du product owner, et la Scrum Alliance une micro-certification « AI for Product Owners » de cinq heures, pensée pour les titulaires de la CSPO. Notre prédiction porte sur ce qui ne bougera pas. D'ici au 8 septembre 2027, le programme publié des deux cours de base, PSPO et CSPO, gardera l'élément de backlog comme unité du rôle, et le contenu IA restera dans ces extensions vendues à part, sans entrer dans le cours de base. Nous vérifierons en lisant les deux pages de programme à cette date, et nous publierons le résultat ici, y compris si nous avons tort. Nous aurions aimé poser un second chiffre sur les offres d'emploi de product manager en France ; nous ne l'avons pas mesuré à la publication, et nous ne l'écrivons pas.

Comment mesurer un product manager ?

Sur trois choses, dès le prochain trimestre. Les résultats choisis, écrits comme des paris avec leur métrique et leur date de lecture. La liste de ce qui a été refusé, avec la raison, tenue à jour et lue en comité de direction. Et les chiffres post-lancement, lus en public par la personne qui a choisi de lancer. Le nombre de tickets rédigés sort de chaque entretien d'évaluation, sans transition ni période d'essai.

La conséquence, pour les équipes qui ne le font pas, est simple. Un product manager qui continue d'écrire des spécifications sera, d'ici un an, la personne la plus lente de la pièce, parce que tout le reste de la chaîne aura pris la vitesse de la machine. Et une entreprise qui continue de recruter des PM pour cela livrera des fonctionnalités que personne n'a choisies. Nos propres agents ont produit, le 3 septembre, trois pages propres dont les chiffres de deux collègues n'étaient encore attestés par personne. Elles sont restées bloquées jusqu'à l'attestation écrite. Le blocage était la partie humaine du travail.

Ce que nous ne savons pas encore

Honnêtement, il reste un trou dans notre raisonnement. Un product manager qui a bien fait son travail à l'ère des agents a surtout une liste de choses qu'il n'a pas construites. Une spécification se montre en entretien d'embauche ; une décision de ne pas construire ne laisse aucun artefact, et le résultat produit qu'elle a protégé est invisible par construction. Nous n'avons pas encore de bonne réponse à la question de savoir comment ce jugement produit se prouve devant un recruteur, et les entretiens que nous menons nous-mêmes reposent encore sur des récits, avec tout ce que cela a de fragile. Si vous avez trouvé mieux, nous voulons le lire.

La prochaine étape

L'Atelier 34 ouvre une cohorte « Product manager à l'ère des agents » qui travaille ces trois gestes sur le produit de chaque participant : quatre semaines, huit séances du soir de deux heures en direct, huit places, un livrable sur votre propre produit, et un certificat Atelier 34 qui atteste ce livrable. Dès huit inscrits, la date est fixée. La liste prioritaire est ouverte sur la page de la cohorte.

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